Circular Africa

Lively, c’est d’abord l’économie circulaire à Bruxelles.
Mais pas que, bien sûr.
On s’intéresse aussi bien sûr au reste de l’univers.

On voyage dans le temps et maintenant on voyage autour du monde.

Pour découvrir aujourd’hui que l’économie circulaire est clairement considérée comme l’une des voies d’avenir pour l’économie et les sociétés africaines.  
Et comprendre que ce qui s’y fait est tout aussi intéressant que ce qu’on voit en Europe.

Conscience et action.
Source : Romco Metals

Montez à bord et prenez place.
Les vents de la créativité et de la durabilité nous emportent vers les côtes du continent de nos lointains aïeux.


Un monde interconnecté

A travers l’Europe et notamment à Bruxelles, l’économie circulaire s’ancre de plus en plus dans nos vies de tous les jours notamment grâce aux efforts des secteurs privés, publics et de la société civile.

Cela devient une telle opportunité (et nécessité) que tous les partis politiques et acteurs économiques se penchent sur le sujet.
On y voit des opportunités pour réduire les déchets alimentaires, repenser nos modes de production et de consommation, ou encore changer notre manière de se déplacer.

Certains de ces efforts sont cependant mis à mal par le soutien en faveur d’une dérèglementation effréné au nom de l’innovation, par l’effet rebond qui implique une perte des gains en efficacité par une consommation accrue ou déplacé, ou par une surconsommation attisée par de la publicité abusive ou mensongère (i.e. greenwashing).

Il y a quelques mois, on vous parlait de l’empreinte écologique des européens, tout en soulevant des questions sur l’état des ressources naturelles pour les générations futures.

Nous avions conclu qu’en Europe, il est urgent de changer nos habitudes de consommation et de productions non seulement pour des raisons écologiques qu’éthiques.
Pour rappel, 80% de nos émissions sont liées aux besoins en logement, mobilité et nutrition.
Malgré un découplage relatif entre nos émissions de gaz à effet de serre et notre consommation, l’Europe et l’Amérique du Nord sont à la tête d’une surconsommation insoutenable qui prédit le triplement de notre consommation de ressources naturelles globale d’ici 2050 comparé à l’an 2000.

Les 1 % les plus riches sont notamment responsables de deux fois plus d’émissions que la moitié la plus pauvre de l’humanité.

« Ceci met à mal l’argument selon lequel c’est la surpopulation qui est la cause de l’épuisement des ressources naturelles quand les différents segments de population ne sont pas à la même enseigne en termes de responsabilité ».


Les enjeux liés de l’économie circulaire et du climat

Allier l’agenda de l’économie circulaire à celui du climat permettrait de développer un scénario global compatible avec un réchauffement limité à 2 °C d’ici 2032.

En appliquant des stratégies circulaires ciblées, notamment dans les domaines de l’extraction et de l’utilisation des ressources, l’économie circulaire peut réduire les émissions mondiales de gaz à effets de serre de 39% et l’utilisation des ressources vierges de 28%.

A l’instar de la croissance verte, linéaire malgré elle, il est intéressant d’explorer la transformation de nos économies à travers le concept de décroissance.

Dans notre monde aussi interconnecté, l’Europe ne peut être un “îlot de circularité dans un océan de linéarité“.

Sachant que l’action individuelle est loin d’être suffisante quand les leviers de la société poussent à une consommation plus importante, on pourrait s’interroger sur ce que prédit une augmentation du pouvoir d’achat dans d’autres régions du monde, notamment en Afrique subsaharienne.

Au forum de l’Union Européenne et de l’Afrique sur l’investissement vert d’avril 2021, le Président de la Banque Africaine de Développement, Dr. Akinwumi A. Adesina, clamait, « l’Afrique est le continent ou les erreurs commises ailleurs peuvent être évitées ».

Faisons donc un détour par l’Afrique et examinons quelques initiatives internationales qui cherchent à promouvoir l’économie circulaire entre nos deux continents ainsi que quelques exemples inspirants d’entrepreneurs africains.

Comme en Europe, la gestion des déchêts et donc l’économie circulaire sont des défis cruciaux à relever pour l’avenir.
Source : Afrik21

Au cœur des échanges entre l’Afrique et l’UE

L’Afrique a vu naitre les premières civilisations humaines et a façonné les échanges commerciaux et culturels entre les différentes régions du monde.
Par ailleurs, ce serait un erreur d’ignorer ou de mésestimer l’importance des violences commises par les puissance européennes sur le continent africain lors des siècles de colonisation, et l’influence de cette histoire sur les structures sociales, économiques et politiques locales jusqu’à ce jour.

Nombreuses sont cependant aujourd’hui les initiatives politiques africaines et européennes régionales, nationales et locales cherchant à identifier et mettre en places des solutions communes aux défis écologiques et sociaux de notre ère, dont le changement climatique, la dégradation de l’environnement, et l’accroissements des inégalités.

Parmi ces initiatives, on y retrouve :

L’Alliance Africaine pour l’Economie Circulaire.
Celle-ci a été établie en 2016 lors du Forum Economique Mondial afin de développer l’écosystème d’économie circulaire de l’Afrique tout en capitalisant sur les opportunités de développement. L’Alliance, composée d’une coalition de nations africaines et de partenaires institutionnels, privés et associatifs, facilite le partage de connaissances et soutient la mise en réseau de projets et entreprises actifs dans l’économie circulaire.

L’organisation du Forum de haut niveau UE-Afrique sur l’investissement vert qui s’est tenu en avril 2021. Il a vu de nombreuses personnalités politiques réaffirmer les besoins de coopération et de mobilisation de financements privés et publics vers la transition écologique.

Notamment, on peut relever l’appel de la Présidente de la Commission Européenne Ursula van der Layen pour un Pacte Vert pour l’Afrique en parallèle au Pacte Vert pour l’Europe.
Elle y décrit la transition écologique, non seulement nécessaire pour faire face au changement climatique mais comme étant la plus grande opportunité économique de notre temps.

La Présidente de la Commission Européenne Ursula van der Layen

L’accent y est mis sur l’opportunité de la gestion des déchets, du secteur de l’agriculture et de l’énergie renouvelable comme moteurs pour le secteur industriel du continent.
Un appel repris de nouveau lors d’un discours devant les parlementaires européens à Strasbourg le mois dernier.

Le président de la Banque Africaine de Développement, le Dr. Akinwumi A. Adesina, a quant à lui estimé l’opportunité d’investissement a 3 milles milliards de dollars d’ici 2030.

En mars 2020, la Commission Européenne a, par ailleurs, proposé de mettre en place un nouveau partenariat avec l’Afrique en publiant sa communication, « Vers une stratégie globale avec l’Afrique », s’appuyant notamment sur de multiples cadres et politiques internationales existantes.
Parmi les cinq axes thématiques y figure la transition écologique et l’accès à l’énergie. En février 2021, le Parlement Européen a notamment souligné l’importance d’un développement durable et inclusif face au risque d’une augmentation des inégalités et de l’insécurité alimentaire.
Un prochain sommet UE- Afrique est prévu en février 2022 qui examinera les priorités respectives des gouvernements et institutions Africaines et Européennes en la matière.

L’Agenda 2063 est un cadre stratégique établi par l’Union Africaine pour atteindre son objectif de développement inclusif et durable.
L’agenda identifie également les principaux programmes phares nécessaires pour une croissance économique et un développement de l’Afrique.
On y retrouve des objectifs de consommation et modes de productions durables, des économies durables et résilientes face au changement climatique, ainsi que les thèmes d’une gestion durable des ressources naturelles.

Le réseau africain d’économie circulaire met, quant à lui, en relation des acteurs de l’économie circulaire à travers le continent, organise des évènements et publie des rapports afin de partager à plus grande échelle les connaissance sur l’économie circulaire.

Face à une accélération de l’urbanisation et de la consommation, les villes africaines subissent une explosion des quantités de déchets produits, ainsi que des problèmes accrus de mobilité.
Dans ce contexte, des programmes d’échanges de connaissance et de coopération technique sont soutenus par des bailleurs de fonds tels que l’Union Européenne ou la Banque Africaine de Développement.

On y retrouve des acteurs tels que ICLEI (Local Governments for Sustainability) impliqué dans de nombreux projets, ainsi que des programmes thématiques regroupant de nombreux acteurs nationaux et internationaux, tels que la Convention des Maires pour l’Afrique subsaharienne.

« Les grandes villes africaines s’intéressent aux principes de l’économie circulaire.
En effet, l’économie circulaire peut être une source d’opportunités pour la création d’emplois verts et investissement durables, elle pourrait aussi améliorer à long-terme la gestion des déchets.

Certains pays africains ont commencé à légiférer en matière de gestion des déchets pour mettre en place les cadres nécessaires à l’action publique. »

Sébastien Leclef, Chargé de mission à la Convention des Maires pour l’Afrique subsaharienne, et Membre du Conseil d’Administration de la Fédération belge du Commerce équitable


A quoi ressemble l’économie circulaire en Afrique

L’Alliance Africaine pour l’Economie Circulaire (ACEA) a identifié en avril 2021 cinq secteurs prioritaires pour l’économie circulaire en Afrique.
Selon leurs potentiels circulaire, économique, et transformateur, et selon la maturité des marchés, ces secteurs sont :

1. Les systèmes alimentaires
2. Les emballages
3. Le bâti
4. L’électronique
5. Les textiles.

Selon l’ACEA, une meilleure gestion des déchets dans le système alimentaire offre une opportunité immédiate d’augmenter la circularité.
Les déchets et résidus alimentaires représente 43 % des déchets produits en Afrique. Néanmoins, les habitudes de consommation en Afrique changent et s’orientent vers des produits plus emballés et vers l’électronique.

Le recyclage des plastiques et de l’électronique, ainsi que l’écoconstruction sont donc aussi des secteurs qui nécessitent des politiques et mesures financières incitatives, une meilleure collecte des données, ainsi que des collaborations tant techniques que technologiques.

Parmi les nombreux projets qui illustrent cette économie circulaire, durable et juste sur le continent africain, ces exemples parlent directement aux secteurs prioritaires mentionnées plus haut.

Eleis Farm, une startup familiale qui produit, conditionne et commercialise de l’huile de palme durable sur la côte nord de la Guinée intègre de nombreux éléments de l’économie circulaire.
Établie depuis 2013, elle travaille en étroite collaboration avec des petits exploitants agricoles de la région, les aidant à augmenter leur rendement tout en réduisant leur impact sur l’environnement.

Intégrée dans ces activités, il y a l’utilisation de plastique recyclé comme contenant ; l’utilisation des sous-produits du processus de fabrication d’huile de palme pour nourrir les animaux, l’utilisation de biogaz issue des excréments d’animaux afin de réduire le besoin en bois et la déforestation.
Les feuilles des arbres sont, quant à elles, utilisées pour fabriquer des paniers artisanaux pour la pêche ; les coquilles de noix de palmes sont utilisé pour créer des routes, la ferme intègre les principes de la permaculture, contribue à la reforestation et à la protection des mangroves (essentielles pour combattre l’érosion).

L’entreprise soutient aussi le développement de coopératives locales avec lesquelles elle collabore pour la production de légumes et poissons, et qu’elle sensibilise aux techniques de production respectueuses de l’environnement.
En capitalisant sur une production locale, des savoir-faire locaux, un engagement social et environnemental tout en générant des revenus durables, Eleis Farm exemplifie l’opérationnalisation d’un modèle économique circulaire.

L’équipe d’Eleis Farm

« L’économie circulaire est surtout intégrée dans notre ferme.
On utilise toutes les parties de nos arbres. Les résidus de notre production et nos récoltes nourrissent les animaux des fermiers qui nous fournissent la matière pour faire du biogaz utilisé dans notre production »

Maarouf Barry, Cofondateur de Elies Farm

Romco Metals, une multinationale de recyclage de métaux non ferreux, produit des lingots de métal recyclé pour les fabricants.

Etablie dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, la société recycle des métaux précieux tels que l’aluminium et le cuivre, y compris ceux qui ont été jetés dans les décharges africaines.

Tout en répondant à une demande croissante des fabricants pour ces matériaux, Romco Metals réduit la nécessité d’extraire des matières premières vierges sur le continent.
La société contribue également à pallier le manque d’infrastructures dans le traitement des déchets en alliant la construction de centres de recyclage à la création de pôles commerciaux pour accroître l’efficacité opérationnelle.


Gjenge Makers, une startup kenyane, fabrique des briques à partir de plastique recyclé.

En s’attaquant au manque de logement et à la pollution de la ville, la société donne une seconde vie aux plastiques tout en fabriquant des briques a prix abordables et 5 fois plus solide que leur équivalent en ciment.
La société compte plus de 20 tonnes de plastique dévié et la création de nombreux emplois dans la capitale Kenyane.

Les briques de Gjenge Makers fabriquées à partir de plastique recyclé
Sources photos : Gjenge Makers

Non peut-être ?

Ainsi que nous nous efforçons de le montrer dans ce Webmagazine, Bruxelles réunit et fédère un nombre croissant d’initiatives en économie circulaire.
Néanmoins, les événements climatiques de cet été, la perte de la biodiversité continue, et la dégradation des sols nous démontrent que la manière dont l’économie est organisée aujourd’hui n’est pas durable et se heurte aux limites physiques de la planète.

L’économie circulaire n’est plus seulement une question économique mais véritablement un choix de société.
Soutenir donc un développement bas-carbone à Bruxelles mais aussi en dehors de nos frontières permettrait de rendre nos sociétés plus résilientes aux impacts du changement climatique mais aussi aux situations sécuritaires fragiles.

Comme la pandémie que nous traversons nous l’a démontré, il y a un besoin de repenser, et dans certain cas de raccourcir nos chaines d’approvisionnement dans certains secteurs, mais aussi de freiner les leviers sociétaux qui encouragent la surconsommation.

Les difficultés rencontrées, tant en Afrique qu’en Europe, sont multidimensionnelles. Cela dit, on constate que l’impératif économique en Afrique signifie qu’une disponibilité de financements facilite le partage de connaissances et de solutions technologiques (ce qui n’exclut pas que cela soit du low-tech).

Ce détour par l’Afrique met en évidence l’intérêt de mettre en parallèle le comportement individuel et l’action collective.
Ce n’est pas aujourd’hui que l’économie mondiale va s’arrêter. Il faut donc faire en sorte que celle-ci, accompagnée de politiques publiques intégrant une attention particulière à l’équité, crée les marchés pour des solutions durables.

Comme l’Europe, l’Afrique est aussi dans l’action.
Photo : Gjenge Makers

Le pacte vert pour l’Europe a été un grand pas pour l’Europe, mais ignorer l’interdépendance des continents africain et européen risque de mettre en péril la transition écologique des deux côtés de la Méditerranée.

Les plus grandes opportunités de création d’emplois tant en Afrique qu’en Europe sont dans une économie circulaire intégrant les chaines de valeurs sur les deux continents.

Du côté européen, la manière dont on intègrera les partenaires Africains et leurs besoins sera déterminante pour le succès du Pacte Vert pour l’Europe.

C’est dans ce contexte que la multiplication des opportunités de collaboration et d’échange de solutions entre les politiques, les entreprises, les institutions académiques et les populations africaine et européenne permettra de faire face ensemble aux défis écologiques que nous traversons.


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